Linux & AppleJe l’avoue platement, j’ai toujours eu un faible pour les ordinateurs portables de la marque Apple, notamment la première série des MacBook Pro. Les rares fois où j’ai pu regarder de près celui d’un collègue ou d’une amie, ça m’a toujours donné envie de travailler sur ce matériel dont l’esthétisme et la finition me semblaient plutôt réussis. Du coup, lorsqu’une de mes clientes a acheté un MacBook Air et qu’elle ma proposé de récupérer son vieux MacBook Pro en échange de bons procédés, j’ai sauté sur l’occasion à pieds joints. Je n’ai pas besoin d’un foudre de guerre pour travailler, et cet ordinateur, je le considère un peu comme l’équivalent d’une vieille Mercedes série 124 ou d’un vieux bicylindre à plat de chez BMW. Peu importe les prestations modestes à partir du moment où l’on se retrouve avec un outil robuste et quintessentiel qu’on tripote avec un certain plaisir.

InfoMac OS X ne peut plus être mis à jour sur votre vieux MacBook ? Faites un bras d’honneur à la politique d’obsolescence programmée cultivée par Apple et offrez-lui une deuxième vie sous Linux avec OpenSUSE Leap 15.2.

Linux en remplacement de Mac OS X

Dans cet article, je décris l’installation de Linux sur mon MacBook Pro flambant vieux. Non, je ne pratique ni le double boot ni l’installation virtualisée. Je supprime le système Mac OS X installé dessus d’office, et qui ne peut plus être mis à jour parce qu’Apple en a décidé ainsi.

Il s’agit donc de remplacer Mac OS X par OpenSUSE Leap, ma distribution préférée pour les postes de travail et les portables. J’ai déjà publié toute une série d’articles techniques sur OpenSUSE, notamment sur l’installation et la configuration d’OpenSUSE Leap 15.2. Je me concentrerai donc sur les spécificités de l’installation par rapport au hardware de chez Apple.

Identifier mon MacBook Pro

Avant toute chose, j’aimerais bien en savoir un peu plus sur mon MacBook. L’ancienne propriétaire affirme qu’il « doit avoir une bonne dizaine d’années ». Je me rends donc sur le site d’Apple, et plus précisément sur la page qui permet d’identifier le matériel. Je saisis le numéro de série imprimé sur la machine, et j’obtiens le résultat ci-dessous.

MacBook Pro

Comme quoi c’est dans les vieilles marmites qu’on fait les meilleures soupes.

Installer du matériel plus performant

Dans la configuration par défaut, la machine est munie d’un processeur Intel Dual Core, de deux gigaoctets de mémoire vive et d’un disque SATA de 160 Go. Après avoir fait l’inventaire de mon stock de pièces, je tombe sur deux barrettes de RAM de 2 et 4 Go respectivement, et un disque SSD de 120 Go. Parfait. On va donc effectuer un petit upgrade matériel avant de commencer l’installation.

Accéder aux pièces

Rien de particulier à signaler sur le démontage. Il suffit d’enlever l’une après l’autre une dizaine de petites vis sur le dessous du MacBook. C’est toujours une bonne idée de les placer proprement autour de la machine, à plus forte raison qu’elles n’ont pas toutes la même longueur et que ce sont des vis spécifiques à Apple.

Les barrettes de RAM se clippent simplement comme sur n’importe quel PC portable. En revanche, le remplacement du disque dur nécessite une clé spéciale de chez Apple que je ne possède pas. Un grand merci à Mathieu de chez ICM Informatique Nîmes qui a eu la gentillesse de me prêter cet outil.

Démarrer sur le DVD d’installation

Le MacBook Pro dispose d’un lecteur optique de type mange-disque. J’en profite pour effectuer l’installation à partir d’un DVD OpenSUSE Leap 15.2 64-bits. Avec les portables Apple, la procédure de démarrage est un peu spéciale, et il m’a fallu passer à plusieurs reprises par la case tentative et échec avant de bien comprendre comment ça marche.

  • Pour démarrer en mode normal (l’équivalent Legacy BIOS d’un PC), il faut insérer le DVD machine allumée, éteindre, appuyer sur la touche [C] et allumer en même temps, ce qui fait démarrer sur le DVD.
  • Pour démarrer en mode UEFI, il faut appuyer sur la touche [Alt] au lieu de la touche [C], ce qui fait apparaître un gestionnaire de démarrage graphique. L’option EFI Boot apparaît au bout de trente secondes.

MacBook EFI Boot

Tester la mémoire vive

Avant toute chose, j’effectue un test de la mémoire vive que je viens d’installer. Je démarre en mode classique en appuyant sur la touche [C] au démarrage (voir plus haut), et dans le menu du DVD d’installation, j’ouvre Plus > Test de mémoire et je lance MemTest86 pour un test exhaustif de la totalité de la RAM disponible.

Étant donné que je ne dispose que d’un processeur double coeur, j’ai le temps de boire quelques cafés pendant que le test mouline, près de 45 minutes au total.

UEFI ou BIOS traditionnel ?

Contrairement aux ordinateurs de type PC, l’initialisation des machines Apple est contrôlée par l’équivalent d’une « boîte noire ». J’avance donc à tâtons pour savoir si je dois faire mon installation en mode UEFI ou en mode BIOS traditionnel. Je tente une première installation en mode BIOS traditionnel avec un partitionnement GPT, et le tout se solde par un échec au premier redémarrage.

error: no such device: /efi/boot/fallback.efi

J’en conclus qu’il faut passer par l’UEFI, et c’est donc retour à la case départ. Je relance le DVD d’installation en appuyant sur la touche [Alt] au démarrage et je sélectionne l’option EFI Boot.

Partitionnement du disque dur

J’opte pour le partitionnement manuel, avec le schéma suivant.

  • une partition EFI de 256 Mo
  • une partition /boot de 500 Mo, formatée en ext2
  • une partition principale occupant l’espace disponible sur le disque, formatée en ext4
  • une partition d’échange de 8 Go

ImportantQuoi qu’en disent certains, l’UEFI vous oblige à utiliser une table de partitions GPT. Méfiez-vous, parce que l’installateur d’OpenSUSE vous propose les deux options GPT et MBR dans le dialogue de création de la table de partitions.

Voilà ce que ça donne au final.

# lsblk
NAME   MAJ:MIN RM   SIZE RO TYPE MOUNTPOINT
sda      8:0    0 111,8G  0 disk 
├─sda1   8:1    0   256M  0 part /boot/efi
├─sda2   8:2    0   500M  0 part /boot
├─sda3   8:3    0 103,1G  0 part /
└─sda4   8:4    0     8G  0 part [SWAP]
sr0     11:0    1  1024M  0 rom  
# mount | grep sda
/dev/sda3 on / type ext4 ...
/dev/sda2 on /boot type ext2 ...
/dev/sda1 on /boot/efi type vfat ...

Installer le pilote NVidia

Le MacBook est équipé d’une carte graphique NVidia GeForce 9400M.

# lspci | grep -i vga
02:00.0 VGA compatible controller: NVIDIA Corporation C79 [GeForce 9400M] 
(rev b1)

Cette carte m’a donné pas mal de fil à retordre. Sa configuration en utilisant le pilote propriétaire avec un patch est décrite en détail dans cet article.

ImportantNote importante : étant donné que nous avons installé le pilote manuellement, nous devrons le reconstruire manuellement après chaque mise à jour du kernel. Voici comment ça se présente.

  1. Vérifier si le noyau a été mis à jour.
  2. Redémarrer en mode console : systemctl set-default multi-user.target
  3. Redémarrer.
  4. Changer dans le répertoire de l’installateur : cd NVidia-Linux-x86_64-340.108/
  5. Lancer l’installation du pilote : ./nvidia-installer
  6. Redémarrer.
  7. Tester le lancement du serveur graphique : systemctl isolate graphical.target
  8. Démarrer en mode graphique par défaut : systemctl set-default graphical.target

Configurer la carte wifi

Le MacBook est équipé d’une carte réseau sans fil Broadcom BCM4322.

# lspci | grep -i wireless
03:00.0 Network controller: Broadcom Limited BCM4322 
802.11a/b/g/n Wireless LAN Controller (rev 01)

Cette carte n’est pas gérée par OpenSUSE Leap dans la configuration par défaut. Il suffit de récupérer le firmware qui va bien.

# install_bcm43xx_firmware

Je bloque l’installation du pilote broadcom-wl qui fonctionne dans la mesure où une poule est capable de voler et un cheval de nager.

# zypper addlock broadcom-wl broadcom-wl-kmp-default

Là, il suffit de redémarrer, et on dispose désormais d’une interface réseau wlan0 que l’on peut configurer à sa guise.

Conclusion

L’installation de Linux sur mon MacBook Pro s’est correctement déroulée, et tout fonctionne parfaitement, y compris la gestion de la batterie, la mise en veille, la webcam intégrée ou encore le rétroéclairage du clavier. Et lorsque mes collègues admins me font la remarque « Alors t’es passé sous Mac finalement, t’en as eu marre de bidouiller ton Linux » en apercevant la pomme sur le couvercle, je leur montre mon bureau Plasma 5 sous OpenSUSE Leap avec une modestie feinte qui n’est qu’une forme subtile d’orgueil.

MacBook Pro OpenSUSE Leap 15.2 KDE


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5 commentaires

paul · 15 août 2020 à 18 h 54 min

J’aime bien lire vos articles à chaque fois j’ai l’impression de lire un conte. Merci

mae · 18 septembre 2020 à 18 h 21 min

Merci !!!!

Superbe article, que je garde de coté pour faire faire la transition au macbook d’un ami.
Pas de problème avec depuis?

    kikinovak · 19 septembre 2020 à 9 h 33 min

    Non, pas de problème. Il marche nickel. Le seul point auquel il faut faire attention, c’est le pilote NVidia. Vu qu’on a installé un pilote patché, il faut le reconstruire à la main après chaque mise à jour du kernel.

      mae · 19 septembre 2020 à 12 h 49 min

      Merci 🙂

        kikinovak · 19 septembre 2020 à 13 h 18 min

        J’ai ajouté le détail de la procédure dans l’article.

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