CentOSLe 8 décembre 2020, une publication à première vue anodine sur le blog de CentOS a fait le tour de la planète. L’article intitulé CentOS project shifts focus on CentOS Stream annonce un changement de paradigme de la distribution. Le projet CentOS ne se pose désormais plus comme objectif de fournir un clone fidèle de la distribution Red Hat Enterprise Linux. Au lieu de cela, CentOS se place dorénavant en amont de Red Hat et lui sert désormais de terrain de jeu pour les nouveaux développements.

Un pavé dans la mare

Au bout de quelques heures, l’article de blog a recueilli des centaines de messages de protestation. La liste de diffusion de CentOS a été inondée d’un tsunami de messages peu élogieux. Une pétition en ligne contre la « destruction » de CentOS a récolté plus de 7000 signatures en moins de trois jours. Et Gregory Kurtzer, le fondateur historique de CentOS, a même annoncé la création de Rocky Linux, un projet communautaire censé prendre le relais de CentOS pour proposer un clone fidèle de Red Hat Enterprise Linux. En résumant de manière synthétique, on dira que les administrateurs système qui ont choisi CentOS parce que c’est une distribution stable et prévisible et un peu ennuyeuse se retrouvent du jour au lendemain confronté à un projet innovant et plein de surprises. L’année 2020 n’a décidément pas fini de nous étonner.

Quelle alternative choisir ?

Pour ma part, j’ai toujours préféré l’approche pratique et pragmatique aux polémiques stériles. Concrètement, je dispose actuellement d’une petite vingtaine de serveurs sous CentOS qui tournent un peu partout. Le moment est peut-être bien choisi pour réfléchir concrètement et à voix haute à une alternative possible.

Le clone RHEL libre Oracle Linux

Oracle LinuxEn 2010 j’ai eu l’occasion de mettre les mains dans le cambouis d’Oracle Linux lors d’une mission d’installation et de formation effectuée pour le compte d’ASF (Autoroutes du Sud de la France) qui s’appelle maintenant Vinci Autoroutes. Je venais tout juste de publier Linux aux petits oignons chez Eyrolles, et vu que la distribution CentOS 5.3 sur lequel il était basé ressemblait à 99% à Oracle Linux 5.3 sous le capot, j’avais été choisi par l’entreprise ASF pour former leurs futurs administrateurs Linux.

Toutes ces années, je savais qu’Oracle Linux existait, tout comme une autre série de clones Red Hat comme CentOS, Scientific Linux, White Box Enterprise Linux, le projet PUIAS de l’université de Princeton, etc. Je ne m’en souciais pas plus, étant donné que CentOS répondait parfaitement à tous mes besoins en matière de serveurs.

Suite à l’annonce funeste du projet CentOS, j’ai eu une discussion avec mon compatriote Michael Kofler, un gourou Linux qui a publié une série d’excellents ouvrages sur notre système d’exploitation préféré, et qui a migré de CentOS à Oracle Linux pour les cours d’administration Linux qu’il dispense à l’université de Graz. Nous n’en étions pas à notre première discussion sur ce sujet, étant donné que le projet CentOS accumulait déjà une série de retards assez inquiétants pour les mises à jour de la version 8. En comparaison, Oracle Linux ne souffre pas de ces problèmes structurels, et je gardais donc cette option dans un coin de ma tête.

Une réputation problématique

L’entreprise Oracle souffre d’une réputation problématique au sein de la communauté du logiciel libre, pour une série de raisons. C’est l’entreprise qui a ruiné OpenOffice et Java, qui a mis le grappin sur MySQL et qui a laissé couler Solaris. Le PDG d’Oracle, Larry Ellison, a surtout fait parler de lui à cause de son soutien décomplexé pour Donald Trump. Quant à la politique commerciale de l’entreprise, elle a été marquée par une agressivité notoire dans la chasse aux brevets.

D’un autre côté, on a des applications libres et gratuites comme VirtualBox, qui tournent parfaitement sur des millions de stations de travail de développeurs partout dans le monde. Et puis le très discret Oracle Linux, qui fonctionne parfaitement et sans faire de bruit depuis 2006, et qui est également un système d’exploitation libre et gratuit.

Installer Oracle Linux

Pour un premier test, j’ai installé Oracle Linux 7.9 et 8.3 dans deux machines virtuelles sur ma station de travail. Étant donné qu’il s’agit d’un clone conforme à Red Hat Enterprise Linux, la procédure d’installation est identique à celle de RHEL et de CentOS, à quelques menus détails près.

Oracle Linux Installation

InfoEn temps normal, je ne me soucie jamais des bannières publicitaires qui défilent dans les installateurs graphiques. Cette fois-ci, le slogan Free to use, free to download, free to update. Always a quand-même bien retenu mon attention.

Un noyau indestructible ?

Oracle Linux fournit son propre noyau Linux plus récent que celui fourni par Red Hat, et baptisé Unbreakable Enterprise Kernel (UEK). Ce noyau est installé par défaut et remplace les noyaux plus anciens fournis en amont pour les versions 7 et 8. Voici ce que ça donne sous Oracle Linux 7.9.

$ uname -a
Linux oracle-el7 5.4.17-2036.100.6.1.el7uek.x86_64 #2 SMP Thu Oct 29 17:04:48 
PDT 2020 x86_64 x86_64 x86_64 GNU/Linux

Les dépôts de paquets bien ficelés

À première vue, l’organisation des dépôts de paquets officiels et semi-officiels semble beaucoup plus claire et mieux organisée que sous CentOS. Pour les détails, je vous renvoie aux pages explicatives respectives pour les versions 7.x et 8.x.

Une documentation bien structurée

Tout comme l’organisation des dépôts, la documentation d’Oracle Linux mérite d’être mentionnée ici, parce qu’elle est tout bonnement exemplaire. L’index principal renvoie vers les différentes versions d’Oracle Linux, et à partir de là, on accède à toute une série de documents aux formats HTML et PDF qui expliquent en détail les particularités du système et sa gestion au quotidien. Au fur et à mesure que j’avance dans la lecture de cette documentation, je découvre une multitude de petits détails plaisants, comme par exemple le fait que les paquets Oracle affichent les métadonnées relatives aux mises à jour de sécurité, ce qui n’est pas le cas pour les paquets CentOS.

Migrer de CentOS vers Oracle Linux

La page web Switch your CentOS systems to Oracle Linux recense une série de raisons pour lesquelles Oracle Linux constitue un meilleur choix que CentOS lorsqu’on souhaite disposer d’un système d’exploitation free as in free beer de qualité entreprise, c’est-à-dire qui fournit des mises à jour à faible risque pour chaque version sur une dizaine d’années. Cette page propose également un script centos2ol.sh qui permet de transformer à la volée un système CentOS existant en un système Oracle Linux en deux commandes.

J’ai donc testé ce script sur un serveur CentOS 7 de chez Online/Scaleway.

# curl -O https://linux.oracle.com/switch/centos2ol.sh
# chmod +x centos2ol.sh
# ./centos2ol.sh

Le script mouline une petite vingtaine de minutes, on redémarre la machine et on se retrouve avec un système Oracle Linux tout propre. Pour faire un peu de ménage, il suffit de supprimer les dépôts de paquets sauvegardés.

# rm -f /etc/yum.repos.d/*.repo.deactivated

Migrer un serveur CentOS 8.x ?

À première vue, le script centos2ol.sh ne prévoyait que la migration de CentOS 7.9 à Oracle Linux 7.9. Sur un coup de tête, j’ai envoyé un mail à l’adresse indiquée en bas de la page, en demandant si le support pour CentOS 8.x était prévu dans un avenir proche.

Il s’en est suivi un échange de mails fort sympathique avec un gars de chez Oracle, qui a patiemment répondu à toutes les questions que je lui ai posées. Et à peine vingt-quatre heures plus tard, il m’a envoyé un lien vers un dépôt Github d’Oracle avec une version mise à jour du script qui supporte la migration à la volée de CentOS 8.x vers Oracle Linux 8.x.

J’ai donc testé ça avec une installation fraîche d’un serveur CentOS 8 chez Online/Scaleway.

# yum install git
# git clone https://github.com/oracle/centos2ol.git
# cd centos2ol/
# chmod +x centos2ol.sh
# ./centos2ol.sh

Là encore, ça mouline une bonne vingtaine de minutes, et à l’issue du redémarrage, on se retrouve avec une machine publique tournant sous Oracle Linux 8.

Conclusion

J’aurai sans doute encore pas mal de choses à dire à ce sujet. Pour ma part, je trouve cette première expérience avec Oracle Linux plutôt concluante, et si j’ai décidé de la partager ici, c’est qu’elle résoudra probablement un problème commun à pas mal d’admins de serveurs de production qui ne supportent pas que leur système devienne une cible mouvante du jour au lendemain.

Post Scriptum pour les puristes frileux

Enfin, pour tous ceux parmi vous qui souhaitent utiliser un clone libre et gratuit de Red Hat Enterprise Linux sans pour autant vendre leur âme au diable, sachez que Springdale Linux constitue une alternative solide. C’est maintenu par l’université de Princeton aux États-Unis d’après le principe WYGIWYG (What You Get Is What You Get), c’est fourni brut de décoffrage et sans la moindre documentation, mais ça marche tout aussi bien.


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34 commentaires

LinuxMario · 12 décembre 2020 à 21 h 36 min

Je m’attendais à un article sur le sujet de CentOS (je suivais ce blog depuis un moment pour ses tutos), mais là, on va dire que ça rend un immense service et que ça confirme les doutes que j’avais sur Oracle Linux !
Bon ben, plus qu’à mettre à jour le VPS sous CentOS maintenant 🙂

Merci encore pour cet article !

Galaad · 13 décembre 2020 à 10 h 53 min

Bonjour,
Merci pour votre retour. Je trouve le sujet intéressant et suis impatient d’avoir votre retour après quelques temps d’usage. En effet je pense que certaines entreprises vont faire appel à vous pour les aider à faire le changement, car elles vont être nombreuse à se poser la question de comme aborder se changement (rester sur stream et accepter plus de changement ou passer sur une alternative).

Stephane · 13 décembre 2020 à 11 h 46 min

l’offre par les autres distributions dans ce domaine ne sont pas nombreuses
– en terme de serveurs , continuite de service , assistance , communauté

dans le cas cité Oracle Linux , elle pourrait très bien devenir payante …..

    kikinovak · 13 décembre 2020 à 18 h 33 min

    Elle pourrait. Mais le business model d’Oracle est identique à celui de Canonical. On propose aux utilisateurs un OS de qualité entreprise entièrement gratuit. Et si le client veut du support technique payant, pas la peine de tout réinstaller. Il suffit de souscrire à un contrat, et le tour est joué.

      christophe · 14 décembre 2020 à 8 h 57 min

      Si je ne m’abuse, c’est précisément ce que proposait Red Hat avec CentOS. Après cette douche glacé à l’entrée de l’hiver 2020, les DSI vont devoir réfléchir à une alternative qui garantisse soit; Un support payant avec l’ensemble de ces services, autrement dit rester chez IBM et migrer chez Red-Hat, soit tirer les leçons de l’histoire et attendre patiemment qu’un vrai projet de long terme soit sur la table. Plusieurs initiative ont été portés, dont celle de Rocky linux qui à été proposé par le concepteur de CentOS. Par ailleurs, partir sur un noyau qui serait personnalisé par une firme commerciale me donne à réfléchir à deux fois, lorsqu’elle me propose un produit dit gratuit à vie. Mais ce n’est que mon avis 😉

        kikinovak · 14 décembre 2020 à 10 h 19 min

        CentOS n’est pas « proposé par Red Hat ». Le projet a été initié à l’époque par une équipe d’amateurs, et Red Hat a décidé de le sponsoriser à mort à partir de 2014, selon la devise « J’embrasse mon rival, mais c’est pour l’étouffer ».

        Tout comme l’ensemble de la distribution, le noyau d’Oracle est avant tout un logiciel libre. Ses sources sont disponibles ici, et les bidouilleurs de la planète entière peuvent jouer avec et en étudier le fonctionnement :

        https://github.com/oracle/linux-uek

        Ce qui m’a motivé à écrire l’article, c’est le souhait de fournir quelques faits vérifiables dans une jungle de mythes urbains aux vagues relents conspirationnistes. Je sais bien que tout n’est pas rose chez Oracle, mais il arrive parfois – comme c’est le cas ici – qu’une entreprise à la réputation peu glorieuse et dirigée par un PDG franchement antipathique fasse des choses excellentes.

    Leclerc · 19 décembre 2020 à 23 h 57 min

    bonjour,

    le problème c’est comme pour centos, c’est lié à du propriétaire et donc risque de mort subite

    l’avantage qu’avait centos c’était les dix ans de maintenance

    debian ta pas c’est soucis, juste tu galères lors des mise à jour de version mais bon on ne peut pas tout avoir

      kikinovak · 20 décembre 2020 à 1 h 32 min

      Red Hat Enterprise Linux n’est pas propriétaire. C’est du logiciel libre pour lequel on paie une licence de support. Et je ne me ferais pas de soucis pour la santé de Red Hat, vu que c’est une multinationale cotée en bourse et qui fait des milliards de dollars de profit. Oracle Linux est tout aussi libre, et si l’on ne prend pas l’option support, c’est entièrement gratuit. Le business model d’Oracle est exactement le même que celui suivi par Canonical pour Ubuntu. Quant au cycle de support de Debian, c’est exactement un an après la publication de la version subséquente.

Emma · 13 décembre 2020 à 12 h 41 min

Je ne comprends pas trop pourquoi ne pas garder centos. Si j’ai bien compris la version la version centos 9 sera la rhel 8.5 c’est ca? Et il n’ y aura plus de rhel 8.6, 8.7,8.8… mais des centos 10, 11… C’est cela? Le support de chaque centos sera de combien de temps ? 2 ans et demi? Cela pose probleme avec les logiciels propriétaires comme MS sql server?

    kikinovak · 13 décembre 2020 à 18 h 35 min

    J’explique tout ça en détail dans une vidéo. Quant à MS SQL Server, je ne connais pas ce produit.

Stéphane · 13 décembre 2020 à 13 h 13 min

Bonjour,

Merci pour cet article très intéressant encore une fois.
Petite question subsidiaire : les tutos pour centos7 seront ils toujours valables pour Oracle Linux?
Car je m’apprête à acheter un serveur dédié et suivre vos tutos pas à pas.
Merci.
Amitiés
Stéphane

    kikinovak · 14 décembre 2020 à 16 h 05 min

    On dira que ça reste identique à 99 %. Je suis en train d’expérimenter avec Oracle Linux 7.9, et je prends pas mal de notes. Une fois que la pâte aura reposé un peu, je rédigerai une série d’articles de blog sur la question. Mon temps est limité, parce qu’en ce moment, je me suis attelé à un autre projet. J’ai intégré l’équipe du Linux Professional Institute, et je traduis toute la doc des certifications en français, ce qui me prend plusieurs heures par jour tous les jours.

Stéphane · 13 décembre 2020 à 14 h 38 min

Re,

Mais qui nous dit que Oracle Linux ne va pas être payant un jour?

Michel · 13 décembre 2020 à 19 h 56 min

Pour la stabilité, il y a debian stable. Certe c’est un sacré virage mais ça en vaut le coup.

    kikinovak · 13 décembre 2020 à 21 h 12 min

    Oui mais non. Le cycle de support de Debian est bien trop court. C’est une année de plus que la date de publication de la version n+1. Ce qui veut dire que si aujourd’hui j’installe un serveur Debian stable et que la nouvelle version stable est publiée dans six mois, j’aurai un an et six mois de support. Beaucoup de mythes urbains circulent à ce sujet, mais c’est la principale raison pour laquelle dans les datacenters on trouve bien plus de CentOS et d’Ubuntu LTS que de Debian. Perso c’est la seule raison qui me retient à l’utiliser en prod. Et puisque je sais que j’aurai droit à des commentaires sur le sujet. 1) Non, un dist-upgrade sur un serveur n’est pas une bonne idée. 2) Oui, je sais que le projet Debian LTS existe.

Tuxmika · 16 décembre 2020 à 21 h 10 min

Au boulot on venait de migrer une bonne partie de nos serveurs sur CentOS 8….il va falloir trouver une alternative sérieuse surtout qu’on à pas mal d’applicatifs métier..

    kikinovak · 16 décembre 2020 à 23 h 50 min

    Ça fait une semaine que j’expérimente avec Oracle Linux, et je trouve ça très très bien fait. Je suis en train d’écrire un script de configuration post-installation pour OL7 et OL8. Ce n’est pas encore terminé, mais ça avance plutôt bien.

    Je serais votre entreprise, c’est là que je regarderais. Même pas la peine de réinstaller, le script de migration fonctionne nickel.

Digit-U: développement mobile · 22 décembre 2020 à 15 h 13 min

Très bel article, je vous remercie grandement pour tout le travail de recherche et de rédaction mené.
Bonne continuation.

Concombre Masqué · 24 décembre 2020 à 8 h 27 min

Un grand merci à toi Nicolas de m’avoir fait découvrir Oracle Linux.
C’est vraiment un beau système avec une documentation étoffée, synthétique mais très claire. C’est extrêmement rare et je tiens à le souligner. On ne prend pas l’utilisateur pour un newbie et toutes les configurations d’installation sont passées en revue. Dans mon cas l’installation de OL8 avec le système de fichiers Btrfs.
L’interface d’installation est intuitive et s’adapte très bien aux différentes configurations de l’installation.
Ça fait une bonne quinzaine d’années que je n’ai pas touché une distribution RH. Tes arguments sur la stabilité et la longévité de la maintenance m’ont convaincu.
Maintenant je vais tester la maintenance au quotidien de mon nouveau serveur (installation de services, ajout de disque, etc…). As-tu des conseils de lectures ou des sites à nous conseiller ?
Encore bravo.

    kikinovak · 24 décembre 2020 à 9 h 58 min

    Pour ma part, je passe pas mal de temps à expérimenter. A priori, tout ce que j’ai publié sur CentOS 7 reste valable à 99% pour Oracle Linux 7. Je pense qu’une fois que j’aurai bien rassemblé mes brebis sous OL7, je passerai tout doucement à OL8. Rien ne presse, vu qu’OL7 est maintenu jusqu’en juin 2024. Dans les jours, les semaines et les mois à venir, je compte publier toute une série d’articles consacrés à Oracle Linux.

ofcourse · 6 janvier 2021 à 1 h 24 min

Un bon OS made Oracle avec plein de backdoors. Bon amusement !

    kikinovak · 6 janvier 2021 à 8 h 00 min

    Même si ce commentaire a probablement été posté pour troller, j’ai décidé de l’approuver et d’y répondre.

    Oracle Linux est compilé depuis les paquets SRPM de Red Hat Enterprise Linux. Exactement comme CentOS, Springdale Linux, Cloud Linux et Rocky Linux. L’introduction de code malveillant ne peut donc se faire qu’au vu et au su de tout le monde. Je me permets d’illustrer ce point en prenant un autre exemple.

    Le mécanisme de sécurité SELinux (inclus dans Oracle Linux tout comme dans Red Hat Enterprise Linux et les systèmes dérivés) est développé par la NSA, un service secret tristement célèbre pour ses opérations de surveillance à l’échelle planétaire depuis les révélations d’Edward Snowden. Partant de là, il est facile d’imaginer que la NSA en aurait profité pour glisser du code malveillant dans le kernel, qui lui permettrait d’étendre ses opérations de surveillance à toutes les machines tournant sous Linux. Avant de sombrer dans la paranoïa, notons donc que SELinux est un projet open source qui a été audité par un nombre important d’experts indépendants avant d’être officiellement inclus dans le kernel Linux.

    Le business model d’Oracle Linux est exactement le même que celui adopté par l’entreprise Canonical pour la distribution Ubuntu. Fournir une distribution gratuite de qualité entreprise, avec la possibilité de souscrire à un support technique payant. La principale différence entre Oracle et des projets comme CentOS, Springdale et Rocky, c’est qu’Oracle dispose de ressources assez conséquentes pour la maintenance de la distribution. On le voit lorsqu’on analyse la cadence des mises à jour. C’est expliqué en détail ici par exemple.

Dupuis · 12 janvier 2021 à 18 h 07 min

Merci beaucoup à cet excellent article qui m’a permis d’avancer.
Je voulais partager mon expérience. J’ai 2 serveurs passés de centos 7 à centos 8 il y a quelques mois. J’ai détesté la décision de RH de supprimer 8 années sur la version 8, et de nous obliger de fait à changer d’ici décembre 2021.
Plusieurs solutions:
+ passer sur Centos Stream. C’est une béta de RHL qui ne me convient pas, même si la conversion semble simple. On a tous besoin d’un système stable. Je n’ai plus aucune confiance en RH. Il est hors de question que j’achète un de leur produit.
En plus, rien ne dit que dans un an, ils ne vont pas modifier encore quelque chose dans Centos Stream. S’ils sont capables de nous avoir gratté 8 années, ils sont capables de tout dans le futur. Leur but est de vendre leur OS. N’oublions pas que IBM a racheté RH il y a environ un an et demi. D’où l’explication évidente de ce qui est arrivé à Centos 8.
+ réinstaller un Ubuntu ou un debian etc… Je ne suis pas chaud du tout. Vous imaginez le travail et le déboggage obligatoire. Mais ce sont d’excellentes versions.
+ se tourner vers Oracle Linux.
J’ai converti un « petit » serveur (online) à 10 € / mois, petit processeur, DD pour voir.
La conversion a été longue (50 minutes environ). C’est normal vu le processeur. Le programme indiqué dans le bel article ci-dessus réinstalle plus de 1000 paquets. C’est comme si vous faisiez un yum update important. A l’arrivée, ô miracle, on vous demande de rebooter.
Et vous avez un système comme avant. C’est merveilleux. TOUT FONCTIONNE COMME AVANT. Vous ne vous rendez compte de rien.
J’ai testé quelques jours dans tous les sens. Parfait. J’étais incroyablement surpris.
Du coup, j’ai décidé de passer mon autre serveur en Oracle Linux. C’est aussi une machine de Online à une soixantaine d’euros avec un processeur XEON E3-1245 et 3 DD SSD en raid 5 et beaucoup plus d’applications.
La mise à jour, sur ce modèle plus rapide, a duré 8 minutes !
Après le reboot, tout marchait parfaitement. Mariadb, Apache, php, pgms système, serveur de mail etc… etc… etc…
Rien à faire, pas une virgule à modifier.
J’ai comparé les paquets de l’ancien CENTOS 8.3 au nouvel Oracle Linux pour les principaux programmes (apache, mysql, sshd etc….)
Ce sont les mêmes versions, sauf qu’elles sont compilées par Oracle.
C’est donc normal que tout marche.
Conclusion: je suis RAVI. Je précise que je n’ai aucune action chez Oracle ni ailleurs.
Vous imaginez, en 8 minutes, sans interruption (!!!), tout était OK.

Oracle vous dit clairement que le OL (Oracle Linux) ne sera jamais payant.
Par contre, ils vous proposent du service facultatif payant si vous le désirez. Ca me semble très correct comme raisonnement.

Ensuite, ce qui me plaît, c’est que Oracle est une grosse boîte, mais qui fait son profit sur sa base de données, pas sur OL, à l’opposé de RH !

Et je me dis aussi que si un jour Oracle change ses conditions, il sera toujours temps de choisir une autre solution.

Est ce qu’ils peuvent faire pire que RedHat et passer de 2029 à 2021 ? Je ne pense pas.

Pour la petite histoire, j’ai conservé le noyau Oracle Unbreakable Kernel. On peut aussi installer le noyer RH normal.
Mais le Unbreakable permet des fonctions supplémentaires, dont une m’intéresse: plus besoin de rebooter quand on a fait une maj du noyau.

Je travaille avec du classique, apache, mariadb, php etc… C’est parfait à mon niveau.

Je reste « scotché » d’avoir pu transformer en 8 mn mon système d’exploitation.

Etudiez la solution Oracle. Elle peut vous simplifier la vie.

Installation:
https://oracle-base.com/articles/linux/convert-centos8-to-oracle-linux-8

Quelques articles intéressants:
https://www.digora.com/fr/blog/oracle-linux-ou-redhat-linux-comment-choisir
https://oracle-base.com/articles/linux/oracle-linux-frequently-asked-questions
https://blog.microlinux.fr/migration-centos-oracle-linux/#:~:text=Et%20puis%20le%20tr%C3%A8s%20discret,d%27exploitation%20libre%20et%20gratuit

    kikinovak · 12 janvier 2021 à 20 h 25 min

    Merci pour ce retour détaillé. Un petit détail : il me semble que la fonctionnalité de pouvoir patcher le kernel « à chaud » est réservée aux clients payants d’Oracle. Ça reste à vérifier en tout cas. Pour ma part, je ne suis pas très prolifique en articles en ce moment, parce que j’expérimente beaucoup en interne, en prenant un tas de notes. Le moment venu il y aura sans doute une ribambelle d’articles sur Oracle Linux.

      Dupuis · 12 janvier 2021 à 21 h 13 min

      C’est moi qui vous remercie parce que c’est grâce à votre excellent article que j’ai su que Oracle Linux existait, et que j’ai pu ainsi l’installer après mure réflexion et lectures.
      Ce serait bien que les sociétés qui louent des serveurs dédiés proposent OL (si c’est possible). Je suis persuadé qu’il aurait du succès (il serait plus connu aussi) et ça rendrait service aux utilisateurs, mais on peut se débrouiller.
      Pour le kernel, je vous tiendrai au courant pour savoir si ça marche gratuitement dès qu’il y aura une mise à jour. Vous pouvez compter sur moi. C’est en effet bien possible de devoir être client patenté pour en avoir l’usage.
      Est ce que vous conseillez plutôt le kernel normal ou l’unbreakable ?

        kikinovak · 12 janvier 2021 à 21 h 47 min

        Dans le forum d’Oracle Linux (qui est un peu chiant à utiliser, petit bémol) il y a un fil de discussion qui énumère les avantages d’utiliser le noyau d’Oracle. Perso je l’utilise vu que c’est recommandé par le distributeur.

          DUPUIS · 13 janvier 2021 à 19 h 41 min

          Vous avez tout à fait raison. J’avais lu bien trop rapidement la doc.
          Coïncidence, il y a eu une MAJ du kernel 5.4.17-2036.101.2 en 5.4.17-2036.102.0.2
          Je l’ai installée.
          Et il a fallu rebooter !

Tramis · 14 janvier 2021 à 14 h 07 min

Bonjour et merci pour ce partage de découverte de migration. J’ai moi-même un serveur sous CentOS 8.2 et suis confronté au même problème. Les solutions proposées sont partout un peu les mêmes.

Cependant, étant sur Fedora pour mes PC persos, je me pose la question de la Fedora Server. J’avais commencé à tester un peu pour mon serveur que j’ai finalement passé sur CentOS après vous avoir lu en détail. Avez-vous des retour sur cette distribution qui m’avait semblée très bien à l’époque.

    kikinovak · 14 janvier 2021 à 14 h 31 min

    La durée de support de Fedora est pathologiquement courte, et carrément insuffisante pour un serveur, quoi qu’en disent quelques spécialistes autoproclamés. Franchement, plus je travaille avec Oracle Linux, plus j’apprécie cette distribution carrément bien fichue. Sur les postes de travail, je garde OpenSUSE Leap.

Florent · 21 janvier 2021 à 11 h 21 min

Article et point de vue très intéressant, tout autant que tes 2 tomes sur l’administration Linux. Vu que Red Hat vient d’annoncer que RHEL serait dorénavant gratuit pour les développeurs (et équipes de développeurs) ainsi que jusqu’à 16 serveurs de production (c’est déjà énorme pour les petites entreprises), je serai curieux de connaître ton point de vue à ce niveau entre utiliser la vrai RHEL sachant qu’il y a une limite (en plus de devoir utiliser leurs outils de mise à jour nécessitant un compte, j’imagine, plutôt que yum) ou si tu préfères malgré tout miser sur une Oracle Linux sans limitation du nombre de serveurs dès le départ.

    kikinovak · 21 janvier 2021 à 11 h 22 min

    Bonne question, et j’ai envie de dire : j’aimerais connaître mon point de vue aussi. :o)

couret · 28 janvier 2021 à 11 h 24 min

OL 8 permet d’utiliser des partitions btrfs ce que ne l’on peut nativement faire sous centos 8 et rhel 8, je l’utilise quotidiennement.

    kikinovak · 28 janvier 2021 à 11 h 35 min

    Effectivement, ça fait partie des détails qui plaisent. Pour l’instant, je migre mes configurations de production vers Oracle Linux 7. Mais je fais pas mal de tests avec la version 8, et ça fera l’objet d’une série d’articles le moment venu.

Le blog technique de Microlinux – C'est bien fait pour vous > Seekalgo · 20 décembre 2020 à 13 h 49 min

[…] Migrer de CentOS à Oracle Linux – Petit retour d’expérience […]

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